Irène – 13 avril 2009
C’est en 1989 , il y a vingt ans, qu’Irène Patalas découvrit les chapelles et l’Ararco, l’association qui se consacrait à leur sauvegarde, lors d’un salon du Livre, en rencontrant Francis Grardel, membre de l’Association, lui aussi disparu aujourd’hui.
Certes, elle ne devait pas ignorer ces petits monuments, qui par milliers, ils sont estimés à plus de 6000, se dressent le long des routes du Nord et du Pas de Calais. Depuis plusieurs années, des tentatives étaient faites pour les préserver , faire prendre conscience de leur intérêt.
Alors, à la veille de prendre sa retraite professionnelle, elle décida de les étudier et de leur consacrer un livre, qui fait toujours autorité sur ce sujet pour le Pas de Calais.
Si Irène n’était pas insensible à la qualité architecturale de certains de ces édifices, si elle appréciait l’extrême modestie, voire la simplicité de la majorité de ces oratoires de campagne ou de ville, je pense que son attachement profond et entier à ce petit patrimoine dépassait l’art et l’architecture.
Car ces chapelles et oratoires, en dehors de leurs matériaux et leur architecture, sont avant tout des témoignages de vie pour ceux qui jadis, mais encore aujourd’hui les ont construits. Elles sont toutes des actes de foi envers Dieu, la Vierge et les Saints.
Mais ces chapelles pour leurs constructeurs représentent aussi des sentiments bien humains
Pour la plupart, il s’agit d’un acte de gratitude, pour avoir été, ou un proche, sauvé de la maladie, d’un accident, de la guerre. Pour certaines, elles sont une demande de protection contre les épidémies et les intempéries, orages ou sécheresses ; enfin la plupart témoignent d’un attachement familial ou paroissial à une ferme, à la terre ou au village de ses ancêtres.
Ces chapelles ne sont pas uniquement faites de briques et de pierres, elles sont aussi faites de l’amour des hommes et de leur espérance en Dieu.
C’est cette histoire plus humaine qu’architecturale qu’Irène Patalas a cherché à retrouver tout au long de ces vingt dernières années ; elle a parcouru tout le département, visitant toutes les communes , faisant des milliers de kilomètres dénombrant les chapelles, rencontrant les hommes et les femmes, les officiels, desservants et maires comme les anonymes, descendants ou voisins d’une chapelle. Elle a passé de longues heures aux archives départementales et diocésaines pour redécouvrir leur histoire. Cela a fait l’objet d’un livre, ce fut aussi le but du second, sur lequel elle travaillait encore quelques jours avant son décès ; je m’engage au nom de l’Association à terminer ce travail, avec tous nos amis, avec Roger et tous les autres.
Pour terminer ce bref propos je voudrais apporter deux témoignages sur Irène.
Ceux qui la connaissaient savent que, quand l’un de ses proches avait des soucis, craignait la maladie, redoutait les examens, elle se retirait dans son jardin et brûlait une bougie à son intention.
Aujourd’hui, ces cierges brûlent pour toi Irène !
Lors de réunions, quand le ton montait parfois, elle aimait rappeler que son nom signifiait « la Paix » en grec.
Que la Paix soit avec toi, aujourd’hui, Irène !